- Interview Robert Popielarski
Robert Popielarski, directeur de production en Guinée Equatoriale
Fuir «le nombrilisme des Français»
Robert Popielarski est directeur de production chez Bouygues Bâtiment international (BBI) en Guinée Equatoriale. Il a passé toute sa carrière à l'étranger en tant qu'expatrié. Retour sur un profil hors du commun.
Cap Entreprise : Quand avez vous été expatrié ? Pendant combien de temps, où et à quel poste ?
Robert Popielarski : De 1988 à 1991, j’ai été "Directeur Pays" BBI en Centre Afrique, où j'ai supervisé la réalisation d’un hôpital et le siège de la Compagnie Nationale des Pétroles ; puis je suis devenu responsable Pays Tchad et Niger pour Dragages Travaux Publics, une filiale de BBI. Là, j'ai conduit la construction de la Banque des Etats d’Afrique Centrale ou du Palais des Congrès à Niamey au Niger.
À partir de 1993, j’ai travaillé en Côte d’Ivoire, sur des centrales thermiques, des usines de traitement des fèves de cacao, un stade, des infrastructures pétrolières... Nous avons démarré la construction d'un pont de 1500m sur la lagune, mais ce projet c'est arrêté en 2000 après un coup d'Etat.
Je suis alors parti en Europe de l’Est pour devenir responsable de production de BBI Hongrie jusqu’en 2004. J’ai ensuite été responsable de deux projets en Russie. De 2004 à 2006, nous avons réalisé des hôtels, des immeubles et des appartements de luxe.
En 2006, j’ai à nouveau changé de poste pour devenir responsable de production Roumanie. L’an dernier, j’ai été directeur de projet d'un complexe présidentiel, un véritable Kremlin au Turkménistan ! Ce projet employait 5000 ouvriers, et le chiffre d'affaires s'élevait à 350 millions d’euros.
Et en octobre, j’ai pris mes fonction à Bata, capitale économique de la Guinée Equatoriale...
CE : Qu'est ce qui vous a amené à travailler en tant qu’expatrié ?
RP : J’ai été intéressé par la réalisation des Grands Projets Uniques (Prototypes), ainsi que par l’autonomie que confère ce type de contrats. D’autre part j’ai le goût des voyages, bien sûr, et je trouve que le travail en France est soumis à une certaine lourdeur administrative, ce qui m’a poussé à travailler à l’étranger. C’est ainsi que j’ai pu travailler sur la réalisation de centrales thermiques en Côte d’Ivoire alors qu’en France on aurait sans doute exigé d’avoir un diplômé de Polytechnique pour ce poste.
CE : Vous avez travaillé avec beaucoup de nationalités différentes ?
RP : En Afrique j’ai fait en sorte de travailler avec des personnes de différentes nationalités et de différentes ethnies. Il est également important de toujours respecter les coutumes des collaborateurs. Il me semble que des recherches sur ces points sont indispensables avant le démarrage d’une activité dans un nouveau pays, afin d’éviter les faux pas ...
En Europe de l’Est, et plus particulièrement en Hongrie, j’ai travaillé avec des ouvriers Roumains et Ukrainiens et un encadrement ainsi qu’une maitrise Hongroise et expatriée. En Russie Asiatique, à Ekaterinbourg, les ouvriers étaient Serbes et Russes, l’encadrement Russe et Européen. Au Turkménistan les ouvriers étaient Indiens et Thaïs, l’encadrement et la maîtrise étaient Européen (Russes, Français, Roumains, Tchèques, Italiens, Portugais…).
CE : Les Français sont-ils friands de ce genre de poste ?
RP : Non ! Nous avons de moins en moins de collaborateurs Français ! Et ceci malgré un encadrement de plus en plus poussé en termes de conditions de vie locale et conditions financières.
En 2009 j’avais besoin d’une quarantaine de techniciens type BTS mais je n’ai pas eu de candidature française… En fait, dans le secteur du BTP il y a très peu de demande d’expatriation de la part des employés.
Au contraire nous avons de plus en plus de collaborateur d’Europe Centrale et de l’Est (mais pas des Hongrois, qui refusent l’expatriation).
Par ailleurs les charges de travail sont très contraignantes : de 60 à 70 heures de travail par semaine, un jour off le dimanche et les fêtes Françaises et locales sont en général travaillées.
CE : Que vous a apporté le fait d'avoir été expatrié en termes de carrière ?
RP : Une ouverture vers le monde, face au nombrilisme des Français.
CE : Vous a-t-on demandé des compétences particulières (par exemple en langues) pour pouvoir accéder à un poste d'expatrié ?
RP : Il est recommandé de parler l’anglais l’espagnol et le russe pour les pays que j’ai eu l’occasion de connaitre.
Sur place nous apprenons les basiques du langage pratiqué localement (Hongrois, Turkmène), ce qui est fort apprécié.
CE : Que conseilleriez-vous à quelqu'un qui désirerais partir en expatriation ?
RP : D’apprendre des langues étrangères, d’être ouvert d’esprit et être curieux. Il est important de respecter les personnes avec qui vous souhaitez travailler (ainsi que les autres), les croyances et les coutumes dans les pays que vous traversez (port du voile, consommation d’alcool, …).
Je conseille de bien analyser la présence d’écoles Françaises dans les pays d’accueil et, si vous travaillez dans certains pays d’Asie, de revenir exercer périodiquement en France ou en Europe.
CE : Pensez vous poursuivre votre carrière en expatriation ?
RP : J’aurai des difficultés à exercer une activité en France !
Marion Rousseau
Retour au dossier









