Cap Entreprise

Cap Entreprise
Interview Patrice Moineau

Patrice Moineau, Project Manager en Algérie

« Savoir pourquoi on part »


Patrice Moineau travaille actuellement pour Promasidor, un groupe anglo-saxon spécialisé dans la production de produits alimentaires en poudre. Expatrié depuis toujours, il revient avec réalisme et humour sur sa carrière.



Patrice Moineau, témoignage sur l'expatriation Cap Entreprise : Quels sont aujourd'hui votre entreprise, le poste que vous y occupez et vos responsabilités ?

Patrice Moineau :
Je travaille pour Promasidor, un groupe familial anglo-saxon spécialisé dans la production de produits alimentaires en poudre. Nous sommes la seconde unité du groupe basé exclusivement en Afrique, dans 23 pays. Nous conditionnons et distribuons du lait en poudre, des boissons aromatisées en poudre, du chocolat en poudre ...

Au sein de notre unité algérienne qui emploi 400 personnes, je suis Project Manager. Notre travail est transversal et très varié.
On fait des études sur de nouveaux produits à développer, on s'occupe du développement et de l'organisation des services d'achats, du parc automobile et de la maintenance. On s'occupe aussi d'investissement immobilier : par exemple, la construction et le transfert de notre unité sur un nouveau site.
 
CE : Quand avez vous été expatrié ? Pendant combien de temps et où ? À quel poste ?

PM : Ma première expatriation remonte à 1974. Je suis parti pour 2 ans en Algérie au titre du VSNA, qui était une alternative au service militaire, et en quelque sorte l’ancêtre du VIE (voir article Le VIE en six questions).
Je suis rentré en France en 1976, puis, marié, nous sommes repartis en Afrique en janvier 80 pour ne jamais revenir.
De 1980 à 2004, j'ai travaillé pour le compte de la coopération française en qualité de chef de projet, sur des financements français, européens ou de la banque mondiale. J’ai eu des jobs variés, une grande indépendance professionnelle, mais toujours une double tête au dessus : le bailleur ou son représentant, et un national, directeur ou ministre.
De 1980 à 1992 j’ai été expatrié au Cameroun, ma mission : refonte du cadastre, création d’une école de techniciens et d'ingénieurs topographes, organisation de la formation professionnelle dans le secteur du BTP.
De 1993 à 1998 en Cote d'Ivoire : j’avais comme projet la refonte de l'enseignement supérieur (grandes écoles d'ingénieur, développement de la formation continue, professionnalisation de l'université).
De 1999 à 2004 au Sénégal : développement de la formation professionnelle, développement des outils de gestion urbaine.
Depuis 2005 je vis et je travaille en Algérie.
 
Il faut savoir que de formation, je suis Géomètre Expert DPLG
Ce que j'ai fait n'est pas toujours en relation directe.
 
CE : Qu'est ce qui vous y a mené ? 

PM : Sans doute l'expérience VSNA et notre amour pour le continent africain.
 
CE : D'un point de vue professionnel, comment avez vous géré le fait de travailler avec une équipe d'une nationalité différente, dans un pays que vous ne connaissiez pas ?

PM : Le fait de ne pas connaitre un pays et les nationaux dure environ une année. Après on a appris, on comprend et il ne reste qu'à se faire accepter, ce qui pour moi n'a jamais été un problème
Dans le travail, il ne faut jamais mettre en avant la différence de nationalité mais plutôt celle des compétences (c'est cela notre vraie force).
Après il faut rester à l'écoute et toujours être très respectueux.
Il faut accepter les différences et les assumer.
 
CE : D'un point personnel, comment décririez-vous la situation d'expatrié ?

PM : Un expat’ occupe des postes à responsabilité qui nécessitent souvent une forte présence. Il travaille beaucoup : un gros 50 heures hebdo (je sais il n'y a pas que nous...) mais fait en général un job passionnant
Il évolue dans un environnement qu'il n'a pas totalement à subir et fait partie des plus favorisés dans le pays ou il se trouve.
Il est en général placé dans des conditions matérielles très favorables ce qui n'a rien de désagréable.
 
CE : Que vous a apporté le fait d'avoir été expatrié en terme de carrière ?

PM : Globalement les expat’ occupent des postes plus importants et plus intéressants à l'étranger qu'en France.
Ensuite, soit on y va pour quelques années, afin de revenir avec un CV valorisé par cette expérience (avec un compte banque au vert) qui servira la promotion.
Soit on y va au début pour les même raisons puis on y reste par envie de cette vie différente. Le choix est à faire très vite : passé quelques années, on est perdu pour la France, catalogué (à tort ?) comme "expat’".

En ce qui nous concerne, nous sommes partis avec nos 2 enfants en bas âge pour vivre quelques années en Afrique. Très vite on a compris que notre vie serait comme cela et nous n'avons plus pensé à rentrer. Une fois ce choix fait, on se fiche un peu de la carrière. J'ai eu ainsi des jobs passionnants, diversifiés, des responsabilités variées, mais je me suis toujours éclaté dans mon travail et c'est ça le principal.

Au delà de la carrière, l'expatriation nous a permis de rencontrer des gens de différentes nationalités et cultures, de différents profils que nous n'aurions sans doute pas rencontré en France. Ils nous ont apporté beaucoup et ont sans doute participé à être ce que nous sommes aujourd'hui.
Et puis, autant le dire puisque c'est la première chose à laquelle les gens pensent : 30 années d'expatriation ne nous ont pas rendus riches (nous avons toujours beaucoup dépensé), mais nous ont permis d'être à l'aise financièrement. Nous avons la chance de faire partie de ceux pour qui la fin du mois n'est pas un problème.
Après, à la retraite, on verra ...
 
CE : Vous a-ton demandé des compétences particulières pour pouvoir accéder à un poste d'expatrié ? (en langues par exemple)

PM : On m’a demandé des compétences professionnelles au départ, mais ensuite des compétences transversales et une forte capacité d'adaptation.
L'anglais est un minimum actuel, comme en France d'ailleurs.
 
CE : Que conseilleriez-vous à quelqu'un qui désirerais partir en expatriation ?

PM : L'Expatriation, ça n'est pas seulement une carrière, c'est une vie à l'étranger. Il faut savoir pourquoi on part. Il faut toujours être capable d'avoir cette réponse dans les moments de doute, et il y en a toujours. Il n'y a pas cinquante raisons : carrière, argent, mode de vie, c'est un choix global qui doit être fait.

Pour nous c'est la qualité de vie : nous avons toujours fait de l'expatriation en famille, volontairement, par choix commun. J'ai toujours refusé les postes ou mon épouse ne pouvait pas vivre.

Ensuite il faut accepter de quitter sa famille, ses amis et reconstruire une vie sociale avec les nouvelles rencontres. Et ça, chaque fois que l'on quitte un pays pour un autre.

En ce qui nous concerne nous avons toujours refusé de "camper" et avons toujours tout fait pour avoir un cadre de vie au moins équivalent à celui que nous aurions eu en France.

Il faut avoir une grande facilité d'adaptation et accepter les différences quelles qu'elles soient, tant au travail que dans la vie.



Marion Rousseau

Retour au dossier