Cap Entreprise

Cap Entreprise
Interview Loïc Pollet

Loïc Pollet, entrepreneur lillois et fondateur de Sébola

« Combiner éthique et esthétique »

Loïc Pollet est l’un des co-fondateurs de Sébola, entreprise fabriquant des vêtements dans les principes de l’éco-conception. Entretien avec ce Lillois visionnaire.

 
Loïc Pollet : entreprise durable et éco-conceptionCap Entreprise : En quoi Sébola se démarque-t-elle des autres entreprises ?

Loïc Pollet : L'ADN de Sébola, c’est l’éco-conception. Nous sommes la première marque de vêtements de sports entièrement éco-conçue ! L’objectif, la mission de l’entreprise, est de limiter l’impact environnemental du produit, de réduire l'empreinte écologique laissée tout au long de son cycle de vie : de la conception à la fin de vie, en passant par la fabrication, le transport et l’utilisation. Nous cherchons à combiner éthique, esthétique et technique pour des produits satisfaisants à tous points de vue.

CE : Concrètement, comment cela se traduit ?

LP : Nous avons confié à la société indépendante CODDE-Bureau Véritas la responsabilité de nos analyses de cycles de vie, selon des normes précises, qu’on appelle ISO 14040 et ISO 14044. Les chiffres parlent : plus de 30% de pollution de l’eau en moins et une baisse de moitié de la pollution de l’air grâce à un mode de culture biologique du coton.Nous sommes une entreprise durable dans le sens où notre empreinte écologique est la plus faible possible. Nous intégrons la notion de développement durable dans tous nos processus : valorisation des déchets, utilisation de polyester recyclé et de coton bio, choix de modes de transports moins polluants, comme le bateau, et nous sommes en train de mener une réflexion sur la fin de vie des produits, leur recyclage.

CE : Est-ce rentable ?


LP : Notre engagement à ce niveau est d’abord excellent pour l’image de marque. Nous pouvons utiliser notre positionnement éthique pour notre marketing. Notre communication s’en ressent : nous avons forcément une meilleure image auprès des consommateurs qui voient que nos efforts sont concrets et sincères. Et puis, une grande partie des consommateurs d’aujourd’hui sont déjà avertis, informés, à ce sujet. Ils répondent donc favorablement à notre positionnement.
Par contre, nos coûts de production sont bien plus élevés que si nous ne nous préoccupions pas de développement durable, ce qui fait que nos marges ne sont pas énormes. Mais il est parfaitement possible d’atteindre l’équilibre : par exemple, VEJA, une entreprise qui fabrique des chaussures écologiques issues du commerce équitable, a bien réussi à utiliser le concept dans son marketing et en tire les bénéfices !

CP : Comment vous positionnez-vous par rapport à la concurrence ?

LP : La grande distribution a du mal à être crédible sur le marché du développement durable. Produire le plus possible en réduisant les coûts au minimum, ça pollue, forcément. Et la pollution, plus la délocalisation, ce n’est pas très éthique, et les gens le savent. Après, sur certains produits d’appel, ils vont axer leur communication là-dessus, mais c’est juste du green-washing : ils essaient d’utiliser la bonne image du développement durable pour leur marque.
Pour nous, il n’y a pas vraiment de concurrent dans la grande distribution à ce niveau là, nous, on vise une niche : les produits vraiment écologiques.
Par contre, c’est vrai qu’au niveau purement marketing, Nike et les grandes marques nous font concurrence, parce qu’ils vendent aussi des vêtements de sport, il ne faut pas se leurrer. Et là, la concurrence est rude. Les vêtements de sports, c’est un marché mature, beaucoup de nouvelles marques voient le jour, et seules quelques unes s’en sortent. Chez Sébola, on compte sur notre différentiation éthique. On vise les « consomm’acteurs », qui partagent nos valeurs.

CE : À propos de valeurs, pourquoi avez-vous choisi le secteur durable ? Une vocation ou un choix stratégique ?

LP : Le but principal, c’est de créer une entreprise qui fonctionne différemment. Le profit n’est pas l’unique objectif, on veut se soucier de tout ce qu’il y a autour : produire moins polluant, développer l’éco-conception, produire localement aussi, car toute notre ligne sport est produite à Roubaix par exemple ! Mais bon, on s’approvisionne quand même en Turquie pour le coton bio, on ne peut pas être durable si on n’est pas rentable.
Ma première motivation en fait, c’était de faire les choses mieux que les autres. J’étais intéressé par le sport, le développement durable et la mode. J’ai décidé de combiner les trois.
Je ne veux pas faire une boîte dont le but est de produire le moins cher possible : je veux une entreprise durable, qui soutienne le tissu économique français. Il faut y croire, c’est plus important que le profit ! Tout en restant rentable, évidemment.

CE : Quelle orientation allez-vous donner à Sébola maintenant ?

LP : La nouvelle approche, c’est de proposer des vêtements de running pour homme qui soient beaux. Ça existe un peu chez les femmes, avec Stella McCartney ou Addidas, mais pas chez les hommes. Il y a un marché qui se créé, je suis convaincu que dans le running, nous allons avoir des vêtements plus élégants ! C’est une niche, et ça va intéresser une petite tribu !

CE :
Quel conseil donneriez-vous à des nouveaux entrepreneurs dans ce secteur ?

LP : Je dirais de se diriger vers des marchés plus porteurs, comme l’équipement photovoltaïque, les panneaux solaires. Cela dit, on entend parler d’une remise en question des avantages fiscaux liés à ce marché, donc il faut faire attention. Être entrepreneur dans une entreprise axée développement durable, c’est la même problématique que les autres entrepreneurs : le temps. Tout est long, au début on n’a peu de main d’œuvre et il faut tout faire soi même, il faut trouver les moyens financiers… Il faut être motivé, et créatif !
Avant tout, il faut se demander « pourquoi on le fait », avant même de se demander « qu’est ce qu’on va faire ? ».

Charlotte de Cagny
Akian Decloitre
Photo : Loïc Pollet devant une fabrique de coton bio

Retour au dossier