Cap Entreprise

Cap Entreprise
Hélène Sardin

Hélène Sardin, associé chez Squoring
« Il faut avoir la ténacité... et la trésorerie »
Hélène Sardin est entrepreneuse, basée dans le Sud de la France, à Toulouse. Elle nous parle ici de son parcours, pour le moins atypique, et de son expérience dans la création de SQUORING.

Hélène SardinCap Entreprise : Quel est le concept de votre entreprise et comment l’idée est-elle née ?

Hélène Sardin : Nous sommes éditeurs de logiciels. L’activité principale de SQUORING est en effet le développement et la commercialisation de SQUORE, un outil qui analyse la qualité des logiciels embarqués et de leurs processus de développement.
Nous avons commencé à réfléchir à cet outil avec mon mari en travaillant pour notre précédente entreprise. Nous nous sommes vite rendu compte qu’en raison de son statut de scop (def), celle-ci ne favorisait pas assez l’innovation pour que nous puissions monter ce projet à l’intérieur même de la société. Nous avions pourtant une réelle volonté de développer cet outil, et le projet s’est concrétisé grâce à la rencontre d’une personne qui en avait justement besoin.

CE :
Et quelle forme prend concrètement SQUORING au niveau juridique, notamment ?
HS : Pour ce qui est de la forme, nous sommes une start-up, plus exactement une société par actions simplifiées (SAS).
SQUORING a été initialement créé par trois personnes, dont mon mari, Patrick Sardin. Il y a ensuite eu un deuxième tour, pour faire rentrer de nouveaux associés (c’est à ce moment-là que je me suis lancée dans l’aventure) puis un troisième, tout récemment, en mars. Nous avons ainsi pu faire rentrer au capital des personnes avec qui nous étions en contact depuis l’an dernier.

CE : Quel est votre parcours personnel (étude, arrière préalable) ?
HS : Mon mari et moi travaillons tous les deux sur SQUORING et nos parcours sont très différents.
Patrick a fait un DESS Génie Logiciel et il a eu une carrière dans ce domaine, avec des expériences de management (il a été Directeur Général puis Gérant d'une première entreprise). Il est un des trois fondateurs de la société, et il s’occupe aujourd’hui de la Recherche et Développement.
En ce qui me concerne, j’ai un parcours plus atypique. J’ai fait Sciences Po Bordeaux puis un DESS marketing au CELSA de Paris. J’ai ensuite eu deux expériences professionnelles dans le marketing, puis j’ai été enseignante pendant quinze ans. Je suis retournée vers le monde de l’entreprise il y a quelques années. Aujourd’hui je suis en charge de la Direction Administrative des Finances et je m’occupe également du marketing.

CE : Qu’est ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’entrepreneuriat ?
HS : L’envie de bouger et de faire bouger les choses ! Je voulais être "maître à bord" et aborder tous les aspects de la vie d'une entreprise, vivre une aventure humaine et professionnelle et réussir !

CE : Avez-vous bénéficié d’aides (financières ou autre), d’encadrement, de conseils ?

HS : Nous sommes allé chercher de l’aide auprès des personnes que nous connaissions dans la scop pour laquelle nous travaillions.
L’expert comptable de cette société nous a aidé à « bétonner » le business plan, nous avons fait des simulations et des analyses pour nous assurer de sa viabilité.
Nous avons également pu bénéficier des conseils de l’avocat de cette entreprise.
En ce qui concerne les aides, nous sommes sous le statut de Jeune Entreprise Innovante, ce qui nous donne droit à l’exonération d’une partie des charges sociales sur le salaire des ingénieurs en Recherche et Développement. Nous bénéficions également du crédit d’impôt recherche, ce qui signifie qu’une partie de nos dépense peut être remboursée sur les impôts que nous payons.

CE : Avez-vous intégré une pépinière d'entreprises, un incubateur ou une couveuse ? Si oui, quel en a été l’impact ?
HS : Un des fondateurs, avant de rencontrer les deux autres, s’était rapproché d’un incubateur en Ile-de-France. Il a ainsi pu faire réaliser des études de marché, faire prendre en charge quelques frais.
Finalement l’impact de cet incubateur a été limité. Cela est du au fait que la personne dont je parle ait déménagé et aussi que l’idée ait évolué suite à la rencontre avec ceux qui allaient devenir les deux autres fondateurs.

CE :
Quel est le conseil que vous donneriez à un nouvel entrepreneur ?
HS : Je lui dirais que l’essentiel est de bien préparer son projet. Il faut un business plan complet et détaillé ainsi que des prévisions financières réalistes. Ce dernier point n’est pas toujours évident, en ce qui nous concerne nous avons de la chance d’être aidé par un expert comptable.

Il est également important d’avoir un bon réseau et de savoir faire appel aux bonnes personnes quand on n'a pas les compétences.

Ensuite, il faut avoir la ténacité et la trésorerie. Quand on cherche des financements, il faut absolument un prévisionnel de trésorerie qui permet de "tenir" de façon autonome plusieurs mois. Si vous prenez notre exemple, SQUORING a attendu un an avant que les potentiels investisseurs n’entrent au capital ! C’est un point à prendre très au sérieux.

CE : À votre avis, qu’est ce qu’il serait intéressant de développer pour encourager et mieux encadrer la création d’entreprise ?

HS : Il y a déjà eu pas mal d'efforts d'incitation ces dernières années mais plutôt pour des micro - entreprises, par exemple pour le statut d’auto entrepreneur. Pour la création d'une entreprise plus classique il est toujours difficile de trouver des financements, surtout dans des délais raisonnables.
Les Business Angels, par exemple, interviennent soit tout au début, lors de la création du projet, soit plus tard, en renfort. SQUORING était entre les deux quand nous avons recherché des financements, nous n’avons donc pas pu faire appel à ce type d’aide.
En revanche nous travaillons avec l’organisme Oséo qui s’est porté garant du prêt bancaire contre rétribution. Ce système marche bien mais il est long à mettre en place. Nous bénéficions également d’aides régionales à l’embauche et de contrats d’appui pour projet de développement.
En fait je ne saurais pas vraiment vous dire ce qu’il faudrait changer. Les aides existent, c’est sûr, mais l’inconvénient c’est qu’elles n’arrivent pas toujours quand on voudrait. Il faut monter les dossiers, suivre la procédure, etc. Tout cela demande du temps. Je vais me répéter mais il faut avant tout pouvoir compter sur soi et sur sa trésorerie.

CE :
Quelle a été la plus grosse difficulté à laquelle vous avez été confrontée en créant votre entreprise ?
HS : Nous avons eu de bonnes conditions de départ car c'était un projet bien préparé. Nous avions déjà des clients avec des intentions de commande avant de commencer l'activité, et un business plan qui nous permettait de tenir un an sur nos propres ressources avant d'obtenir des financements de la part d'investisseurs. Les fondateurs avaient tous une longue expérience de l'entreprise avec des compétences très complémentaires : finances, marketing, technique, commerce.
Nous n’avons donc pas eu de difficulté majeure si ce n'est la trésorerie à surveiller de près, et un très long cycle de vente typique de notre activité. Il faut aussi noter que le projet s’est révélé assez complexe quand il a fallu réfléchir aux statuts, au mode de financement, etc.

CE : Quels sont vos projets et vos prévisions ?

HS : SQUORING a déjà beaucoup grandi, nous sommes neuf, bientôt dix, à travailler sur le projet. Nous comptons arriver à un effectif de 16 ou 17 personnes d’ici à la fin de l’année.
Nous prévoyons également d’ouvrir une filière en Allemagne.
Cette expérience est épuisante mais passionnante, surtout quand on est là dès le lancement du projet, il faut tout démarrer, on voit tout, on apprend beaucoup.




Marion Rousseau