L'expatriation est à la fois attirante et effrayante. Travailler à l'étranger apporte souvent une certaine aisance matérielle et offre l'opportunité de découvrir des cultures différentes. Mais il faut savoir s'adapter et accepter un rythme de travail impressionnant. Toutes les interviews
« L'expatriation, ce n'est pas le club Med ! », assure Michel Bihry, dans une interview réalisée pour Cap Entreprise. Le responsable du personnel de Syngenta Seeds s'y connaît : des cadres motivés pour partir travailler à l'étranger qui abandonnent au dernier moment, il en a vu ! Les différences de culture, les coutumes et modes de vie étrangers, cela paraît au premier abord passionnant, mais quand il s'agit de s'installer dans un nouveau pays, c'est une toute autre histoire.
Tout d'abord, la barrière de la langue ; si l'anglais n'est en théorie plus un problème dans la plupart des pays, il est toujours utile de maîtriser la langue locale. C'est même l'un des premiers facteurs d'intégration, comme le rappelle Robert Popielarski, directeur de production chez Bouygues en Guinée Equatoriale, qui parle l'anglais, l'espagnol, le russe, et possède quelques bases en hongrois et en turkmène !
De même, ne pas connaître le pays, ses coutumes et ses habitants peut poser problème au départ, lorsqu'il faut s'y installer non seulement pour travailler, mais aussi pour vivre, souvent en famille. Pour Patrice Moineau, « on met bien une année avant de connaître un pays et les nationaux » ; or s'expatrier remet en question bien plus que la seule situation professionnelle. « Ce n'est pas seulement une carrière, c'est une vie à l'étranger. Il faut savoir pourquoi on part dans les moments de doute. Et il y en a toujours ! » assène le Project Manager de Promasidor en Algérie. « Ensuite il faut accepter de quitter sa famille, ses amis et reconstruire une vie sociale avec les nouvelles rencontres. Et ça, chaque fois que l'on quitte un pays pour un autre. »
Mais ce dépaysement a son charme. « L'expatriation nous a permis de rencontrer des gens de différentes nationalités et cultures, de différents profils que nous n'aurions sans doute pas croisés en France. Ils nous ont apporté beaucoup et ont sans doute participé à être ce que nous sommes aujourd'hui » se félicite Patrice Moineau.
À la liste de ces difficultés vient s'ajouter le temps de travail. D'environ 50 heures hebdomadaires selon Patrice Moineau, on passe à 60 ou 70 heures avec Robert Popielarski. « Sur mon dernier chantier, je travaillais six jours sur sept, je commençais à sept heure du matin et finissais à vingt heures », livre Antoine Rabiniaux, directeur de projet chez Technip aux Emirats Arabes Unis.
Mais un emploi du temps surchargé n'est rien par rapport à certaines situations pour le moins tendues. Robert Popielarski a dû stopper net un de ses projets en Côte d'Ivoire suite à un coup d'Etat ; Christian Pernoud, directeur général en transformation chez PPR, a été confronté à la guerre civile durant ses expatriations ! Il existe en effet des pays à risque, où l'actualité politique peut causer bien des désagréments aux expatriés ; pour en savoir plus, le site web expatriation.com propose un "baromètre hebdomadaire des points chauds de la planète".
Alors l'expatriation, nid à problème ? Pas seulement. Si autant de cadres font le choix de s'expatrier, c'est bien qu'ils s'y retrouvent quelque part.
Plusieurs témoignages le confirment : à l'étranger, ils n'ont pas à subir les lourdeurs administratives françaises. À l'instar de Robert Popielarski, qui a pu travailler sur la réalisation de centrale thermique en Côte d'Ivoire, « alors qu’en France on aurait sans doute exigé d’avoir un diplômé de Polytechnique pour ce poste ».
N'essayons pas de le cacher, un des avantages de l'expatriation (et pas des moindres) reste le confort financier. Sursalaire de 25 à 45% selon la localisation, les risques et le coût de la vie du pays, logement payé, éducation des enfants prise en charge par l'entreprise, éventuels retours en France payés une fois par an, cadre expatrié rime souvent avec aisance matérielle.
Ce n'est pas tout ! Il ne faut pas oublier que, sur un Curriculum Vitae, une expérience d'expatriation peut valoir cher...lors du retour en France.
Akian Decloitre
Le dossier
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