Christian Pernoud, directeur général anciennement expatrié dans divers pays d'Afrique
« Il faut avoir la confiance des patrons ! »
Actuellement de retour en France après avoir été expatrié sept fois dans cinq pays africains différents, Christian Pernoud refuse d'abandonner la dimension internationale de son travail. Pour le directeur général, l'expatriation est avant tout synonyme de liberté et d'autonomie.
Cap Entreprises : Quelles sont votre entreprise, le poste que vous y occupez et vos responsabilités ?
Christian Pernoud : Je travaille pour PPR (ex Pinault-Printemps-Redoute), dans sa filiale CFAO (l'ancienne Compagnie française de l'Afrique occidentale) et j’opère également dans de multiples autres activités du groupe. Je suis directeur général en transformation de matières plastiques.
CE : Quand avez vous été expatrié ? Pendant combien de temps et où ? À quel poste ?
CP : J’ai toujours occupé le même poste, deux fois en Côte d'Ivoire, en Afrique du Sud, mais aussi au Nigeria, deux fois au Cameroun et aussi en République Démocratique du Congo, à Kinshasa.
CE : Qu'est ce qui vous y a mené ?
CP : Je dirais que c’était un choix délibéré : avant de partir à l’étranger, j’avais déjà beaucoup déménagé en France, y compris dans les Dom-Tom, à l’île de la Réunion. Ce dernier déménagement m’avait d’ailleurs donné un point de vue plus international.
Bien sûr, l’expatriation était aussi une opportunité à saisir, en termes de progression de carrière. CE : D'un point de vue professionnel, comment avez vous géré le fait de travailler avec une équipe d'une nationalité différente, dans un pays que vous ne connaissiez pas ?
CP : Je pense qu’il faut avoir une approche environnementale, c’est-à-dire considérer l’environnement, la culture, les ethnies, etc. L’ouverture, l’échange et l’observation sont très importants. Il faut pouvoir prendre des repères facilement, se fixer, pour être rapidement efficace. En travaillant comme expatrié, on peut utiliser certains outils qu’on nous a donnés en France, mais toujours en les adaptant.
Il faut aussi garder à l’esprit qu’il y a différentes façons d’arriver au même but, l’important c’est que les deux parties sortent gagnantes.
CE : Et d'un point personnel, comment décririez la situation d'expatrié ?
CP : Pour être expatrié, il faut aimer communiquer, être curieux et avoir des facilités en termes de capacité d’adaptation. On est amené à côtoyer beaucoup de choses différentes et parfois dures. En ce qui me concerne, j’ai été confronté à la guerre civile pendant mon expatriation.
Il faut savoir faire preuve de tolérance et toujours écouter d’abord, s’adapter. Je répète souvent qu’il faut s’adapter, c’est pour moi un point essentiel de la vie en expatriation.
CE : Que vous a apporté le fait d'avoir été expatrié en termes de carrière ?
CP : Avec l’expatriation j’ai pu accéder à des postes à haute responsabilité, avoir plus d’autonomie que j’en aurais eu en France. En fait, j’ai trouvé que la situation d’expatrié avait deux avantages : il y a beaucoup moins de lourdeur administrative à gérer, de procédures, etc. et on gagne en liberté.
C’est aussi pour cela qu’il faut avoir la confiance des patrons !
CE :Vous a-t-on demandé des compétences particulières pour pouvoir accéder à un poste d'expatrié ?
CP : On m’a demandé d’une part des compétences techniques liées à mon travail, et d’autre part une expérience solide. Comme j’ai commencé ma carrière en production, milieu parfois difficile à gérer, mes supérieurs avaient confiance dans mes capacités de management.
En ce qui concerne les langues demandées, l’anglais est un minimum, c’est la langue que l’on utilise avec la direction. Il est toutefois possible de parler français dans les zones francophones de l’Afrique. En ce qui me concerne, je parle aussi créole, car à la Réunion j’étais responsable de production d’une usine, et pour dialoguer avec les ouvriers il était indispensable de parler le dialecte.
CE : Que conseilleriez-vous à quelqu'un qui désirerait partir en expatriation ?
CP : Je lui conseillerais de commencer par avoir une expérience des déplacements en Europe, par exemple grâce au programme Erasmus, ceci afin de s’habituer à devoir s’adapter et à aller vers les autres. Ce dernier point est important car dans un poste à l’expatrié, il ne faut pas se limiter aux contacts avec la direction.
CE : Seriez-vous partant pour vous expatrier de nouveau ?
CP : Pour tout vous dire, je suis rentré en France il y a six mois, pour m’occuper de la partie export de PPR. Ce n’est donc pas un poste d’expatrié, pourtant j’essaie de toujours être en relation avec des gens différents ; pour mon travail je me déplace beaucoup en Allemagne et en Slovaquie.
Aujourd’hui, il m’est impossible de rester fermé sur moi-même et sur mon pays. D’ailleurs, j’apprends l’allemand et un peu le slovaque, pour montrer à mes collaborateurs que je fais des efforts et que je m’intéresse à eux.
D’autre part, le statut d’expatrié est financièrement intéressant, mais c’est aussi la raison pour laquelle il y a de moins en moins de postes de ce genre disponibles, et de plus en plus de missions à l’étranger. En effet, avec les moyens de transport modernes, il est possible de faire partir quelqu’un à l’étranger pour trois à six mois, plutôt que de l’installer sur place.
Du coup, on fait surtout partir les techniciens de haut niveau, ainsi que les directeurs généraux ou financiers.